Chers fils et filles du diocèse de Nouna, Que la grâce et la paix soient avec vous.
« Nous devons rendre grâce à Dieu à tout moment à votre sujet, frères. » (2Th 1, 3) Rien de plus juste, car les réponses au questionnaire pour l’évaluation des vingt-cinq ans de la réouverture du siège épiscopal de notre diocèse m’ont donné de constater que votre espérance et votre foi résiliente sont grandes ; ce qui est un motif d’action de grâce pour moi.
Au début de ce temps de carême, je vous exhorte à garder vive votre espérance en Jésus, source unique de la vraie. Il montre que Dieu le Père veut le meilleur pour nous : une vie pleine, riche et épanouie pour laquelle il nous faut sans cesse rendre grâce malgré les difficultés présentes. Ce carême de l’année jubilaire vient donc donner un sens particulier à notre thème d’année : « En Jésus Eucharistie, Famille diocésaine de Nouna, jubilons et marchons dans l’espérance ».
Je voudrais proposer à l’occasion de ce carême, enrichi par les grâces de l’année jubilaire de notre diocèse et de l’année des courants spirituels, quelques moyens pour nous aider à une vraie conversion des cœurs pour un diocèse toujours plus missionnaire au bénéfice d’un monde de paix.
Carême : moment de conversion personnelle et communautaire
Le Carême est un temps de grâce qui nous rappelle les quarante jours et quarante nuits de combat spirituel effectués par Jésus dans le jeûne et la prière avant sa mission publique (Mt 4, 1-2). Il est donc pour chaque chrétien un temps favorable pendant lequel l’Esprit du Seigneur l’entraîne contre toutes les formes de désobéissance à Dieu afin qu’il quitte l’esclavage du péché vers la pleine liberté. C’est une période de grâce spéciale pour la conversion et le renouvellement de vie personnelle.
Chers fils et filles, en début d’année, les travaux de notre conseil diocésain de pastoral nous ont révélé que des événements nous ont marqués, collectivement et négativement, au nombre desquels le terrorisme avec ses corollaires d’insécurité, d’injustices subies, de déscolarisation, de précarisation, de dislocation des liens sociaux et familiaux… Ces événements ont forgé en nous la conscience d’un destin commun. Malheureusement ils peuvent générer aussi des comportements collectifs qui demandent conversion au regard des haines, des stigmatisations, des désirs de vengeance… Une conversion communautaire est donc nécessaire.
Le Carême résonne donc d’abord pour chaque Communauté et pour tout notre diocèse comme une marche de quarante jours dans le désert, à la suite du peuple de Dieu. Ce fut pour le peuple saint de Dieu un moment où ses péchés ont rencontré la miséricorde de Dieu. Puisqu’il s’agit de rentrer dans une démarche collective de conversion, le carême vient comme une des étapes importantes de notre année jubilaire.
L’année jubilaire : un moment d’espérance
Avec l’ouverture de notre jubilé le 31 janvier dernier, j’ai ressenti, comme vous, un vent d’espérance souffler sur notre diocèse. C’est un vent qui doit souffler d’abord dans le cœur de chacun comme appel à un nouveau départ. En Israël, il était demandé à chaque membre du peuple de Dieu de faire disparaître de la société tout ce qui est injuste ; de procéder à des remises de dettes et au don mutuel du pardon (Cf Lévitique 25). L’esprit du carême traverse donc de part en part le jubilé pour que nous en fassions un chemin de vie à la lumière de la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ.
L’année jubilaire est aussi un moment de reprise spirituel communautaire. Le carême vient bien à propos nous le rappeler également. En effet, durant ces quarante jours, nous vivrons ensemble avec ferveur certaines prières, comme le chemin de croix, pour nous relier davantage à la source de notre vie. Et les courants de spiritualité auxquels cette année est consacrée nous y aident particulièrement.
L’année des courants spirituels
Chers fils et filles, la Conférence Episcopale Burkina-Niger a dédié l’année 2026 aux courants de spiritualités chrétiennes. Accueillons cela comme une grâce et un appel de la part de Dieu. Un courant de spiritualité se présente à chaque chrétien comme une école de vie où il apprend à prier, à connaître la parole de Dieu et à se mettre aussi au service des autres ; toute chose qui nous montre qu’il a donc une dimension communautaire. Aucune spiritualité ne peut être vécue efficacement dans la solitude (Cf Actes 4, 32-37).
L’année des courants de spiritualité est ainsi un cadre opportun pour l’éveil et l’enracinement des groupes de prière en vue d’une meilleure compréhension de notre mission baptismale. Saisissons cette opportunité pour revenir au Seigneur de tout notre cœur. Il nous attend pour nous donner force et lumière en vue de témoigner de son amour dans ce monde qui en a tant besoin.
Être artisans de paix
Chers frères et sœurs, l’insécurité est venue désarticuler nos sociétés et nos relations interpersonnelles et communautaires. Dans beaucoup de communautés, il faut reconstruire non seulement les maisons, mais aussi et surtout les cœurs et les relations. J’invite particulièrement les chrétiens à entrer dans ce temps de carême en artisans de paix. Nous avons eu le dépôt de paix en héritage de la part du Christ après sa résurrection (Jean 19, 20 ; Luc 10, 5). Nous saurons puiser dans la méditation de la passion du Christ la force nécessaire pour ouvrir nos cœurs à l’amour et au pardon, pour nous engager individuellement et communautairement dans des processus de réconciliation dans nos milieux de vie. Le Seigneur nous y attend.
En terminant, je voudrais vous proposer des moyens concrets qui peuvent nous aider à mieux vivre ce temps de carême en cette année jubilaire :
Retourner à la prière
La prière individuelle ou communautaire nous garde rattachés à la source de notre vitalité chrétienne. Le Christ nous l’a dit : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15, 5) Quelles résolutions prendre pour donner plus de temps et de qualité à ma prière ?
Faire de chaque communauté « une maison de paix » (Cf Message du pape Léon XIV pour la 59ème journée mondiale de la paix, 1er janvier 2026)
La vocation de chacune de nos communautés chrétiennes ou institutions diocésaines est d’être une maison de paix, de pardon et de réconciliation ; un lieu où les différences sont acceptées et valorisées. Quelles démarches individuelles et communautaires allons-nous faire pour nous réconcilier et aider les autres à se réconcilier ?
Avoir le souci des démunis
Le temps de carême met aussi l’accent sur l’aumône et le partage, spécialement envers les plus démunis (Cf Matthieu 6, 3). Quelles résolutions vais-je prendre pour partager mon avoir et mon temps avec les autres ?
Enfin, chers fils et filles, Dieu, Père de tous les hommes, nous donne un grand signe d’espérance : nous chrétiens et nos frères musulmans débutons le carême et le mois du jeûne à un jour d’intervalle. Rendons grâce à Dieu qui lance ainsi un appel à l’unité de cœurs à tous les croyants pour que monte vers lui de façon puissante notre prière pour la sanctification du monde et pour la paix.
Que la Vierge Marie, Mère de l’Espérance et notre Perpétuel secours, intercède pour nous et nous accompagne tout au long de notre carême et de notre année jubilaire. Que Dieu bénisse tous nos efforts. Saint temps de carême à tous et toutes.
Nouna, le 17 février 2026
✠ Guy Mukasa SANON Évêque de NOUNA